Saint-Martin Amiens

HISTOIRE DE L’ECOLE SAINT-MARTIN

« La main sur le passé, les yeux sur l’avenir »

En 1863, l’abbé BERTON, vicaire à la cathédrale, a le projet de fonder une école libre « ou les jeunes que l’on ne destine pas à l’étude des langues anciennes pourraient trouver tout à la fois une solide instruction appropriée aux besoins de leur avenir et une éducation qui soit une sauvegarde pour les orages de la vie ».

Opiniâtre, son projet se concrétise en octobre 1864, rue des trois cailloux, dans l’ancien hôtel de la Roque, aujourd’hui le  magasin DEVRED. Elle prit le nom de Saint-Martin en mémoire du geste de charité du Saint à Amiens et le nom de l’ancienne, et proche, abbaye de St-Martin-aux-Jumeaux. Cette abbaye, déclarée bien national lors de la révolution, fut affectée à la fonction judiciaire mais, jugée inadaptée, elle sera démolie pour permettre la construction de l’actuel Palais de justice. Un bas-relief représentant le geste de charité du Saint figure sur l’un des murs extérieurs, rue Lesueur, à l’emplacement supposé du partage de son manteau.

L’abbé BERTON, certainement conscient de la profonde mutation qui s’accomplissait en cette seconde moitié du 19éme siècle, devenait pionnier d’une éducation moderne pour former les jeunes à leur future vie professionnelle dans les bouleversements qui s’annonçaient.

On peut ainsi lire dans l’un des premiers règlements de l’école Saint-Martin qu’on y donnait « un enseignement primaire et professionnel, secondaire, moderne et classique ; qu’on y préparait aux divers baccalauréats et aux grandes écoles de l’Etat (…); qu’on y orientait aux différentes carrières pour lesquelles aucun diplôme n’est requis ».

Malheureusement, foudroyé par la maladie en quelques jours, l’abbé BERTON décède deux ans après le lancement de son œuvre, le 17 novembre 1866, à l’âge de 41 ans. Il sera écrit à son sujet « Il n’eut le temps de faire qu’un seul geste, celui du semeur : mais lorsque le grain porte en lui une telle richesse, ce geste suffit pour honorer la mémoire d’un homme ».

C’est un jeune professeur de l’école qui, a l’âge de 26 ans, va lui succèder : l’abbé LIMICHIN. Conscient de l’exigüité des locaux, il entreprend des travaux d’agrandissement avec le soutien de Mgr BOUDINET, évêque d’Amiens. Il sera à l’origine de la section d’externat du lycée et du minimat ; Saint-Martin accueille alors des enfants dont l’âge s’étale de 4 à 19 ans…

Appelé en 1898 au Chapitre de la Cathédrale et nommé Supérieur honoraire de son école, il décide, de concert avec l’abbé GUERLE, son successeur, de transférer l’école Saint-Martin, des locaux étroits de la rue des Trois Cailloux, dans les locaux actuels, le vaste pensionnat Saint-Joseph que les frères ont été contraints d’abandonner.

Le nouveau supérieur, l’abbé Hector GUERLE ne tardera pas à marquer les jeunes de son empreinte éducative, soucieux de former l’esprit et l’âme de ses élèves. Il a été rapporté qu’il aimait à répéter cette citation de Jules MICHELET « L’enseignement, c’est une amitié ».

Une première parenthèse survient alors dans l’histoire de l’école, en 1914. Lorsqu’éclate la première guerre mondiale, l’école sera transformée en hôpital militaire. Après la bataille de la Marne qui permis de repousser l’ennemi, les élèves seront rassemblés dans l’école de la rue Louis Thuillier et y poursuivront leurs études jusqu’à la contre-offensive allemande, en avril 1918, qui jeta les picards sur les routes…

 

Après la guerre, le docteur ROUTIER persuadera le chanoine GUERLE de reprendre la direction de l’école. Elle reprendra vie en octobre 1919 mais, en 1921, il souhaite se retirer et en confiera la direction à l’abbé QUENET. Lui-même, après une nouvelle phase de travaux, la remettra l’année suivante à Monseigneur LEVE.

Le nouveau supérieur marque l’école profondément. Il innove sans cesse pour mettre l’école « aux écoutes de la vie », l’adaptant sans cesse « aux besoins de l’heure qui passe et de celle qui vient » selon ses propres expressions. Il définit ainsi l’esprit de St-Martin : « une sage tradition et un certain libéralisme accueillant aux justes nouveautés : une ferme volonté de s’adapter sans cesse aux besoins du temps qui se lèvent : la résolution de ne pas s’attarder aux formes du passé visiblement éteintes, de ne pas s’endormir sur la routine, de ne pas se faire une habitude du gémissement, d’extraire de la tradition ce qu’elle a de permanent et de progressif pour l’accroître sans cesse avec les apports essentiels de l’heure qui passe : la main sur le passé, les yeux sur l’avenir ».

Vingt ans après le traité de paix de Versailles de 1919, le second conflit mondial éclate avec son flot de réquisitions et d’évacuations. L’école connaîtra une seconde parenthèse : le 17 mai 1940, devant l’avancée allemande et la menace de bombardements, les élèves sont renvoyés chez eux.

L’école Saint-Martin ne reprendra qu’en 1952, dans des locaux rue de Noyon, sous la direction du chanoine Pierre LEPINE et ne retrouvera ses locaux de la rue Delpech qu’en 1953.

Elle connaîtra encore une brève parenthèse lors des « événements » de mai 1968 : les élèves sont renvoyés dans leurs familles pendant trois semaines, jusqu’au retour au calme.

En 1977, le chanoine LEPINE, après avoir présidé aux destinées de l’école pendant 25 ans, la quitte pour céder la place à un laïc. Il laissera un souvenir très fort auprès des anciens élèves, notamment les internes par la prière quotidienne. Après avoir été aumônier à l’abbaye de Valloires auprès de l’œuvre de Melle PAPILLON, il décède en janvier 1994. La veille d’être hospitalisé, il célébrait encore la messe de Noël. Déjà très fatigué, on lui conseilla de ne pas donner la communion ; il répondit très vivement : « J’assumerai mon ministère jusqu’au bout ! ». La très importante assistance présente à ses obsèques, célébrées en la cathédrale d’Amiens, montrait toute la considération qui lui était portée.

L’école se développe à nouveau par la création d’une section hôtelière à la rentrée de 1979 devenue elle-même, ensuite, un lycée hôtelier reconnu.

Saint-Martin, qui a fêté ses 160 ans, est devenu un établissement scolaire important, fort d’un millier d’élèves.